( 1 novembre, 2010 )

laissez passer « médical »

 Au 18ème siècle, le rôle du curé était de s’occuper des âmes de ses paroissiens, de veiller qu’ils aillent très régulièrement à la messe ainsi qu’à la tenue des bonnes moeurs mais aussi apparement de délivrer des certificats médicaux !!

En 1722, Claude Albrieux natif de St Martin d’Arc doit se rendre à Chambéry et à Annecy mais il doit avoir une éruption cutanée très visible puisqu’il fait faire une attestation prouvant sa non contagion afin de pouvoir circuler librement.

« Je, curé de St Martin d »Outre Arch, soussigné certifie et atteste comme le ci nommé Claude Albrieux et de la présente paroisse, part d’ici nullement infecté ni soupconné d’aucun mal contagieux pour aller à Chambery et Annecy vaquer à ses affaires. Je prie tous ceux qui sont à prier de le laisser librement passer et repasser sans aucun empêchement. Lui ayant fait le présent pour lui servir ainsi que de raison audit lieu le 23 novembre 1722. »

« Nous, des nobles syndics de la ville de St Jean de Maurienne certifions que le nommé Claude Albrieux de la paroisse de St Martin d’Arch muni d’un billet de l’année du curé de ladite paroisse à nous exhibé du jour d’hier signé Buisson curé attestant part de cette ville en bonne santé, exempt de tout mal contagieux, grâce au ciel, pour aller au lieu d’Annecy vaquer à ses affaires. En foi de quoi, nous, syndics, avons fait  le présent billet de santé que nous avons signé et scellé du sceau des armes de ladite ville à St Jean ce 24 novembre 1722. »

En bas du document, il est annoté « vu passer à Faverges ce 26 novembre 1722, Burdet offier de garde ».

Avec la hantise de l’époque des épidémies en particulier de la peste et aucun moyen pour les combattre efficacement, avant de laisser entrer quiconque dans leur ville, ils préféraient s’assurer que les voyageurs n’allaient pas les contaminer.

Une chose est sure, Claude Albrieux est un bon marcheur pour parcourir en l’espace de trois jours 84 kms ce qui fait 7 heures de marche par jour.

( 13 octobre, 2010 )

Les enfants de « l’Assistance »

Dans l’Isère où mes grands parents maternels habitaient depuis leur retraite, il y a beaucoup de fermes avec des enfants dont ma grand mère disait « Ce sont des enfants de l’Assistance ». Cela était dit sans jugement, c’était un simple constat. Il faut dire que dans le village dont elle était native à La Ferrière à coté d’Allevard c’était monnaie courante les enfants de l’Assistance Publique. En échange, d’être logés, nourris et blanchis, ils devaient aider la famille dans les travaux de la ferme.

En parcourant les registres de l’état civil et paroissiaux de La Ferrière, on se rend compte qu’il y avait toujours eu des enfants qui étaient envoyés de l’hôpital de Grenoble vers La Ferrière, le plus souvent ils avaient été abandonnés mais pour d’autres, leurs parents étaient artisans ou commerçants à Grenoble qui n’avaient pas le temps de s’occuper d’eux.

Les enfants abandonnés étaient souvent déposés dans ce que l’on appelait une tour d’abandon ce qui permettait à l’enfant d’être découvert rapidement. C’est pour cela, qu’il est noté sur les actes de baptême de ces enfants « Untel a été exposé le xxx âgé d’environ… ». On retrouve la date d’exposition et leur numéro de matricule sur les actes de mariage à la date de naissance.

 Au 18ème siècle, ces enfants étaient « donnés en nourissage » comme il est noté sur les actes de décès car beaucoup meurent à La Ferrière avant même d’avoir atteint l’âge de trois mois, certains avaient seulement une dizaine de jours. Il faut dire que le trajet Grenoble/la Ferrière devait être fait dans de mauvaises conditions tant climatique que de confort et être éprouvant pour les nourrisons. 

Certains enfants étaient placés dans les villages environnant des villes et les femmes qui s’en occupaient étaient appelées des nourrices mercenaires car leur seule motivation était la rémunération qu’elles percevaient leur permettant de nourrir leur propre famille. Et c’est de là que vient l’expression « frère ou soeur de lait » puisqu’elles allaitaient leur propre enfant et celui recueilli. En toute logique, il est fort probable qu’elles étaient plus généreuses avec leur qu’avec l’autre. Leur enfance ne devait pas être très facile avec les bonnes âmes charitables et chrétiennes (sic) qui ne devaient pas hésiter à leur rappeler que leur mère avait « fauté ».

La question est pourquoi La Ferrière qui est à 50 kms de Grenoble ? A cause de son bon air montagneux ? Un accord a été passé entre La Ferrière et la Ville de Grenoble ?

Dans ma famille, cela a perduré jusqu’à mon arrière arrière grand mère avec Jules qui une fois adulte travaillera dans la boulangerie familiale puis deviendra bucheron. Plus tard, Jules a eu la chance d’être  recherché par sa famille qu’il a été très heureux de retrouver mais il restera avec ceux qui étaient devenus sa famille jusqu’à son décès dans les années 1970 et sera enterré dans le caveau de mes arrières grands parents à La Ferrière.

Ce qui est étonnant, c’est l’absence de brassage de la population de La Ferrière à de très rares exceptions : il y a très peu de mariages entre les habitants de La Ferrière et les « enfants de l’hôpital ». Ceux qui le font quittent La Ferrière le plus souvent, peut être pour commencer une vie ailleurs où personne ne  dira « il ou elle est un enfant de l’hôpital » mention qu’ils les poursuivra sur leur acte de mariage et de décès.

Ce qui est triste, c’est que personne ne recherchera ces enfants abandonnés qui sont décédés trop tôt pour pouvoir fonder leur propre famille et être raccrochés aux branches d’un  arbre. Ils resteront un prénom avec un numéro.

 enfant

( 22 septembre, 2010 )

La gabelle du sel

Le sel a toujours été un élément vital à l’homme comme au bétail. Il est indispensable à l’équilibre de l’homme mais il était aussi le seul moyen de conservation des aliments.

C’était donc le produit idéal pour instituer une taxe sur sa consommation : la gabelle du sel. Par l’édit du 14 janvier 1720, le Roi Victor-Amédée II  établit la régie directe dans l’ensemble de ses Etats en imposant à chaque famille la levée d’une quantité minimum annuelle obligatoire de sel, au prix de quatre sols la livre. Cette quantité était calculée en fonction du nombre de personnes vivant sous le même feu (foyer), du cheptel et d’une éventuelle activité économique engendrant une consommation supplémentaire de sel (cabaretiers, bouchers, boulangers etc.). Un recensement des personnes et des bêtes fait  l’objet chaque année dans des documents appelés consignesétablies par les secrétaires de chaque paroisse du duché. Les gabellants sont les personnes assujetties à la levée du sel, seuls les enfants de moins de cinq ans en sont exemptés, c’est pour cette raison que leur âge apparaît. Chaque trimestre ils doivent lever le quart de la quantité annuelle de sel qui leur est imposée, en s’approvisionnant auprès du regrattier, au prix de quatre sols la livre de sel. Elu par le conseil de communauté, le regrattier vend le sel au détail aux gabellants des communautés dont il a la charge et perçoit pour cela une rétribution de deux à quatre deniers par livre de sel vendue. Le seul moyen pour avoir plus de sel était d’en acheter aux contrebandiers.

Sur Bramans, nous avons la chance d’avoir les consignes du sel entre 1740 et 1781, ce qui permet de suivre l’évolution des feux avec la famille qui s’agrandit ou se réduit selon les naissances et décès. Les femmes devenues veuves se retrouvant chef de feu ou les hommes devenus veufs se remarient. Puis les années passant les enfants se marient  et leurs conjoints  viennent vivre dans le feu ou/et ils créent leur propre foyer.

La quantité de sel perçue permet d’avoir une idée de la situation économique de chaque feu. Ces quantités peuvent nous apparaitrent astronomiques : en 1758, le curé de Bramans  avec sa cousine a droit à 26 livres tandis que le cabaretier-boulanger aura à 195 livres avec sa femme, sa belle soeur, un domestique,  4 vaches et 4 chèvres.

En 1773, sur Bramans, sur 121 feux, 18 sont classés « pauvres », 85 « médiocres » et 12 « aisés »? Pour les trois cabaretiers de Bramans, la situation n’est pas la même pour tous :

- Jean Valloire, sa femme et un domestique : le feu est classé « aisé » avec 190 livres de sel

- Etienne Simon sa femme et leurs deux enfants de 18 mois et 15 jours le feu est classé « médiocre » avec 53 livres de sel

- Marie Duport veuve d’Antoine Gagnière et ses 4 enfants dont un de 4 ans : le feu est classé « médiocre » avec 75 livres de sel

L’aubergiste César Antoine Rivaz avec sa femme et leurs 3 enfants  : le feu est classé « pauvre » avec 53 livres de sel. Le cabaretier-boulanger Jean Vignoud a le sien classé « aisé » avec 290 livres avec sa femme, leurs 2 deux filles et 2 domestiques. Entre 1740 et 1781, la quantité minimum de sel délivrée sur Bramans est de 8 livres c’est à dire un feu d’une personne avec un ou des enfants de moins de 5 ans et sans bétail  et le maximum est de 285 livres.

( 4 septembre, 2010 )

La chapelle des Aymard

La chapelle Ste Anne est située au hameau des Petites Seignères à St Martin d’Arc et deviendra en 1859  la chapelle St François de Sales. On ne connait pas sa date de construction mais un document du 14 juillet 1622 indique comme fondateur noble Philippe Aymard.

Sébastien feu Jean Aymard, dans son testament du 22 avril 1660, ordonne à ses héritiers être célébrée à la chapelle Ste Anne une messe à basse voix à perpétuité tous les trois ans et de la payer 6 sols avec le diner du prêtre, en tant qu’héritiers descendants de la lignée feu Philippe Aymard. Il ordonne aussi l’entretien d’une lampe allumée devant le maitre autel pour lequel un pré est hypothéqué. [Tous les renseignements ci dessus proviennent du bulletin municipal de St Martin d'Arc de décembre 2006]

Le 29 mars 1665, « déclaration de feu honnête Sébastien Aymard touchant les messes de fondation desquelles il charge ses héritiers »,  où il est dit que Sébastien  déclare devoir en qualité d’héritier de feu Jean Aymard, une messe à basse voix des défunts le jour de la fête de St Jean l’évangéliste [le 27 décembre] à perpétuité à la chapelle Ste Anne qu’il veut être payée six sols avec le diner du prêtre. De plus, il charge de bailler une messe à basse voix  tous les trois ans et le diner du curé à ceux qui sont « héritiers xxx descendants de la lignée de Martin Aymard Philippe Aymard ». Il charge aussi les héritiers descendants de la lignée de feux Martin et Jean Aymard de faire célébrer à une messe à basse voix à Notre Dame aussi à perpétuité.

Le 10 aout 1700, monseigneur Francois Hyacinthe de Valpergue de Masin évêque de Maurienne fait une visite pastorale à St Martin d’Arc. La chapelle Ste Anne rebâtie par les Aymard n’est pas encore bénite et sans ornement. L’évêque constate que les volontés de Sébastien Aymard n’ont pas été respectées sauf une messe que le curé célèbre annuellement à l’église. Il demande que le nécessaire soit fait par les héritiers par un acte.  

Un acte, appelé « acte de fondation de la chapelle des Petites Seignères » est fait le 17 mai 1703 où il est noté « Etant ainsi que feu honnête Martin fils de feu Philippe est institué, fondé et doté  en perpétuité une chapelle aux Petites Seignères hameau de la paroisse de St Martin d’Arc à xxx et vocable de Ste Anne et de St Martin. »  Ils décident  « à la charge que le sieur curé dudit lieu célébrera annuellement à perpétuité une messe le jour de St Martin [Martin de Tours aussi nommé Martin le Miséricordieux] 4ème jour de juillet  et s’il rencontre en jour de fête se célébrera dans l’octave et payé comme sus dit est » et sera payée « d’un florin ou de six sols et du diner du sieur curé dudit lieu ». Les dépenses ont été divisées en trois tiers, pour cela, « ils ont obligé tous leurs biens et droits  présent et à venir qu’ils constituent tenir aux fins en faveur de celle-ci et sous l’offre même de maintenir tant les ornements et meubles qui seront nécessaire et requis ». Et pour la maintenance à perpétuité, ils ont chacun hypothéqué un pré.

La difficulté avec cet acte, comme souvent avec les Aymard d’ailleurs, est l’absence de liens familaux entre les acteurs de l’acte, il est certain que pour eux ça coulait de source mais pour nous….

L’histoire de la chapelle Ste Anne  me conforte dans l’idée qu’elle servi pour les baptêmes, mariages et sépultures de la famille Aymard donc … un registre a du exister. Il semble logique que la famille s’en serve pour ses cérémonies. Cette hypothèse expliquerait qu’en remontant les branches Aymard avant 1680, on se trouve devant des baptêmes manquants -parfois pour toute une fratie- idem pour les mariages et sépultures. C’est certain que St Martin d’Arc comme les autres communes de Maurienne a des années manquantes mais pas autant que certaines.  Certaines branches Aymard n’ont pu être remontées seulement avec des actes notariés et les terriers ce qui implique un risque d’erreurs élevé surtout avec la redondance des prénoms sur la même période : Martin, Benoit et bien sur Claude.

( 14 août, 2010 )

Répudiation de l’hoirie de Sébastien Bérard

Sébastien Berard (1669-1725) fils d’Amédé épouse le 22 juin 1690 Laurence Pascal fille de Barthélémy du Thyl qui décède après moins d’un an de mariage. Puis Sébastien se remarie avec Marguerite Troccaz fille de François le 1er juin 1692,  tous deux sont natifs de Valmeinier et auront sept enfants. 

En 1718, Sébastien Bérard est l’un des exacteurs de la commune de Valmeinier. L’exacteur était le percepteur qui devait fournir une caution de solvabilité établie dans un acte passé entre la commune et le futur exacteur et à la fin de l’année rendre compte de sa gestion. La charge d’exacteur sous entend avoir les moyens financiers pour acheter la charge et  des biens à mettre en caution.

Sébastien Bérard décède le 22 décembre 1725 ab intestat et le 12 janvier 1726, se sont présentés à St Michel chez Me Esprit François Clément notaire et lieutenant du chatelain général de la province de Maurienne, honorable Marguerite Troccaz (1670-1744) veuve de Sébastien Bérard accompagnée de ses enfants Marie, Jean Baptiste, Anne et Louis et déclare absents du pays  Jeanne, Antoine et André. Marguerite Troccaz demande que soit fait l’inventaire des« biens meubles et immeubles, droits, nom et actions et titres délaissés dans l’hoirie de feu Sébastien feu Amédé Bérard de Valmeinier occasion de la répudiation de son hoirie »

L’hoirie est chargée de beaucoup de dettes et une grande partie des biens et droits dotaux de Marguerite Troccaz ont été vendus. Marguerite déclare « trouvant même son hoirie fort modique et chargée d’enfants, laquelle à peine pourra suffire pour le paiement de ses dettes » ce qui les obligent à répudier tant « à leur nom que des autres enfants absents ».

Me Esprit François Clément se transporte au hameau des Combes à Valmeinier afin de dresser l’inventaire des biens de Sébastien Bérard qui se résume à quelques meubles, des outils et des ustensiles mi usés ou de peu de valeur « … deux méchants draps de toile du pays tous crevassés, deux chemises d’homme peu de valeur, un petit redressoir peu de valeur à quatre étagères de bois blanc, une forme de lit de bois blanc peu de valeur sans ciel ni paillasse, deux ficelles, un seau de bois ». Le bâtiment où vit la famille appartient à Marguerite Troccaz, Sébastien n’avait plus qu’une grange et une étable jointes ensemble tombant en ruine. Pour les biens ruraux (terre, pièce de pré, jardin), « ladite veuve a déclaré que ledit son feu mari a vendu tous les biens fonds qui lui pouvait appartenir tellement qu’il n’y en a point ».

Les titres contiennent les dettes dont « la cote de la taille royale exigée par ledit feu Sébastien Bérard de Valmeinier comme exacteur de l’année 1718 à forme de mon verbal signé par moi dit lieutenant à la fin de celui-ci sur lequel il reconnaît devoir 18 livres ainsi que les particuliers non croisés n’ayant quelques xxx à part ou autres raisons sur le sujet qu’ils n’ont pas été croisés »

L’inventaire fait aussi ressortir l’absence de tout bétail et de denrée ce qui est grave : c’est l’hiver et la famille n’a rien pour se nourrir et aucune terre à ensemencer.

A la suite de l’inventaire, Marguerite Troccaz et ses enfants font un acte de répudiation d’hoirie « ladite Marguerite Troccaz veuve dudit feu Sébastien Bérard a retiré son pouvoir desquels elle proteste demeurer saisie et emparée par ses droits dotaux, proteste de plus de même que ses enfants tant à leur nom que des autres enfants absents de ne faire aucun acte héréditaire par le présent de l’hoirie dudit feu son mari qu’ils répudient par un acte à part qu’ils requièrent être fait par moi dit notaire et lieutenant après la stipulation du présent et la proteste encore faite par ladite veuve et enfants d’agir entres les particuliers hypothécaires des biens que ledit défunt a vendu tant de sa dite femme qu’autrement ainsi qu’ils viennent faire. »

Lors du contrat de mariage de son fils, Jean Baptiste Bérard avec Pernette Thomasset le 30 juin 1724, rien ne transparait sur la situation catastrophique de Sébastien, la part de Jean Baptiste se résume à la part de l’augment en vigueur.

Est ce que Sébastien Bérard s’est retrouvé endetté suite à sa charge d’exacteur ? C’est fort possible comme il fallait avancer les sommes. Est ce qu’il a pensé que la charge serait plus facile à porter ? Ou alors, est ce que sa situation était déja chancelante avant de devenir exacteur ?

( 2 août, 2010 )

Sébastien Grassis

Sébastien Grassis est le fils de Jean Baptiste, notaire de Lanslevillard, qui le prénomma comme le chatelain de Lanslevillard. Sébastien quitta Lanslevillard pour aller commercer à St Michel de Maurienne. Au début, les affaires ne furent pas brillantes et il s’est retrouvé débiteur d’importantes sommes auprès d’Esprit François Favre, avocat au Sénat. Le 13 décembre 1663, Sébastien Grassis épouse Catherine Planchet fille de Jean Claude native de St Michel et vont avoir 13 enfants.

En 1680, la situation de Sébastien Grassis est devenue aisée puisqu’il est nommé communier c’est à dire bourgeois le 8 septembre, par un acte passé par Me Henri Grange. Aux conditions qu’outre la chasuble qu’il avait déjà donnée à l’église, il paierait 200 florins, qu’il se présenterait devant l’assemblée publique du conseil général de communauté pour sa réception solennelle dans la bourgeoisie et que l’année suivante, il remplisse les fonctions  de syndic.

Le 15 juin 1705, Sébastien Grassis fait son testament. Ses institutions particulières vont à ses filles : l’honorable Louise femme de Me Vincent Roche chastain de Valloire, demoiselle Anne Marie veuve du Sr avocat Gagnière, Jeanne Françoise femme d’honorable Jean Baptiste Avoton de St Jullien, et à ses petits enfants Marguerite, Dorothée et Sébastien, enfants de feue honorable Marie Marguerite vivante femme d’honorable Louis Collombet et discret Marcel, fils de feue Dorothée vivante femme de feu Me Urbain Finaz avant praticien de la Chambre.

A Catherine sa femme, il lègue « les fruits et les usufruits de tous et un chacun ses biens » et « voulant et entendant que ladite femme, venant l’un de ses dits héritiers universels à lui manquer de respect et d’obéissance, puisse régler l’institution universelle ci bas faite en leur faveur ainsi qu’elle verra à faire et ce néanmoins en faveur de ceux qui lui rendront ledit respect et obéissance ». Ses héritiers universels sont Me Jean Grassis secrétaire insinuateur de St Michel, discret Pierre et Jean Pierre Grassis ses trois enfants, « voulant néanmoins et entendant que Me Grassis tienne compte et impute à sa part la somme de 2 400 florins qui ont été employés par lui à acquérir la dite charge de secrétaire insinuateur dans le présent lieu dit St Michel ». De plus, Jean et Pierre seront obligés de nourrir et entretenir Jean Pierre leur frère « poussé jusqu’en qu’il l’ait parachevé son cours de philosophie. »

Le 17 juin 1705 a lieu la sépulture de Sébastien et voici ce que note le curé dans le registre de la paroisse de St Michel de Maurienne :  »Le 17 juin a été enterré le plus sage et pour ainsi dire le plus honorable de tous les Michelains : touché, sur le seuil de sa maison, par un jet inattendu de catapulte tiré par des soldats français, les deux jambes brisées net, il tomba en priant le Seigneur pour ses bourreaux et tirant des larmes aux personnes présentes : [c'était] Sébastien GRASSIS. » C’est le seul acte de décès formulé de cette manière que j’ai trouvé sur la Maurienne.

En 1709, la situation de la famille Grassis est moins aisée, Catherine Planchet qui fait partie de la confrérie des Pénitents va faire vivre  la maisonnée aidée par son fils Jean avec, entre autre, les droits dotaux de sa belle fille Anne Cathene Fodéré épouse de Jean. Une somme de 8 250 florins a servi à payer les dettes de l’hoirie de Sébastien Grassis, les études et les maladies de Pierre et Jean Pierre Grassis. Le reste de la somme « a été employée pour payer les foules  extraordinaires, qu’il faut souffrir pendant le temps présent des guerres et que les revenus des biens soient presque entièrement consommés par les susdites foules outre les pillages qu’ils ont été fait. » On ne sait pas ce qu’entend Catherine Planchet par le mot « foules », est ce les Mauriennais qui n’ont plus rien pour survivre ou les occupants français ? Un prêt de 5 000 florins leur a été fait par le Sieur Maréchal Luciane que Catherine veut qu’il soit remboursé par ses trois fils puisque sans ce prêt il aurait fallu vendre des biens.

sebastien grassis

( 27 juillet, 2010 )

Le tabellion en Maurienne

Le tabellion est un outil incontournable pour pouvoir avancer en généalogie et mieux connaitre les us et coutumes de l’époque. La définition actuelle du mot « tabellion » est notaire mais à l’époque du tabellion, les notaires se définissaient comme… notaires.

Le tabellion fut créé une première fois par les édits de 1610 et 1626 mais ils furent révoqués. Le tabellion commence réellement en 1697 et le Duché de Savoie est partagé en sept départements du tabellion correspondant aux provinces : Savoie, Genevois, Fauciny, Chablais, baillage du Vernier et Gaillard, Maurienne, Tarentaise. Chaque province va créer plusieurs bureaux appelés du tabellion ou office de l’insinuation. La Maurienne aura trois offices : St Jean de Maurienne, St Michel de Maurienne et Termignon, chacun avait un insinuateur, appelé aussi secrétaire de l’insinuation, chargé de l’enregistrement et de la conservation des actes. Un conservateur chapeautait la province en contrôlant les offices et les études (appelées aussi banches) de notaires. Les notaires disposait d’un délai de 3 mois (50 jours à partir de 1770) pour insinuer tout acte fait mais dans la réalité les délais n’étaient pas toujours respectés. A compter de 1729, les registres ne doivent plus quitter l’office et ceux qui veulent les consulter viennent sur place, cela permis la conservation des actes et aussi l’impossibilité de les modifier une fois fait, ce qui renforcent leurs authenticités. Le tabellion de Savoie, à l’inverse de ce qu’il se pratiquait en France, recopiait intégralement les actes. Le tabellion s’arrête à la Révolution.

Les registres étaient tous faits sur le même modèle : un par année (parfois deux années) et par office avec un répertoire reprenant le nom du notaire, le titre de chaque acte et le numéro de la page ce qui rend la recherche d’un acte très facile. Les actes que l’on trouve sont les contrats de mariage, testaments nuncupatifs, codicilles, donations à cause de mort, inventaires, pensions,  tutelles, curatelles, partages, échanges, ventes et achats de biens, accords, transactions, créances, quittances, procurations, nominations d’exacteurs. Certains registres ne sont plus malheureusement communicables vu leur état ou ont disparu. 

On a tendance à rechercher les actes principaux c’est à dire les contrats de mariage, les testaments, les codicilles et les inventaires mais les autres aussi peuvent apporter des éléments qui permettent de débloquer une branche, donner des indications sur la situation économique de la famille. 

Il ne faut pas oublier qu’avant d’être nos ancêtres avec un nom et trois dates (naissance-mariage-sépulture)  c’était des hommes et des femmes qui se sont battus pour survivre dans cette « vallée de misère » comme souvent ils nomment la Maurienne. J’aime mieux leur rendre hommage en racontant leur vie que de dire « je suis arrivée à telle date » ou « je descends 6 fois de Georges Valloire ».

En clair, le tabellion est une vraie mine d’or qui nous fait mieux partager la vie de nos ancêtres !

tabellion

( 24 juillet, 2010 )

Obligation envers l’église 98 ans plus tard

« Au nom de Dieu soit étant ainsi que Dieu le Créateur seul et stable qui n’a rien voulu de permanent en ce mortel monde ainsi a ordonné que toute créature vivante prendrait fin par la mort et l’heure de celle-ci inconnue afin de nous tenir plus ployable à l’exécution de ses divins commandements et se trouvant prévenu par la mort l’on laisse imparfait les dispositions que l’on a de départir à sa postérité les biens qu’a plu à ce bon Dieu nous prêter en cette vallée de misère ».

Voici un exemple de préambule de testament pour la Haute Maurienne fin du 17ème début du 18ème qui en dit long sur la place de Dieu par rapport aux personnes. Quand une personne faisait son testament, elle listait les messes à célébrer qui peuvent être très nombreuses voire dans certains cas devenir une litanie sur plusieurs pages avec des jours et/ou dates précises à respecter sur plusieurs années voire à perpétuité ainsi que des dons pour un autel et/ou une chapelle en particulier. On peut se poser la question si on additionne les messes voulues par les différents membres d’une famille quand les vivants avaient le temps de cultiver leurs champs.  Souvent, tous ces dons et messes ont  une incidence financière sur les générations suivantes.

Comme avec Pierre Simon feu Jacques habitant du hameau du Verney de la paroisse de Bramans qui fait son testament le 9 septembre 1630 chez Me Cosme Gagnière dans lequel il lègue 9 livres pour la maintenance de l’huile d’une lampe à perpétuité devant l’autel de St Antoine de l’église de Bramans ainsi qu’un autre légat de 30 livres pour la maintenance à perpétuité « d’une chandelle au chandelier au bas dudit autel ».  Pierre a aussi décidé qu’une messe sera célébrée annuellement et à perpétuité dans la chapelle de St Valérien fondée à l’entrée du hameau du Verney. Tous ces légats doivent être faits par sa soeur Domène Simon.  La maintenance de l‘huile pour la lampe et la chandelle seront transformées en deux messes avec la permission de l’Évêque de Maurienne.

Les années passant, les légats sont négligés et non fait. Puis le 27 décembre 1728, les Richard, dont Domène Simon (+1657) est l’aïeule ou bisaïeule, passent devant Me Esprit Favre pour contractualiser la maintenance des légats. Pourquoi 98 ans plus tard ? Rappel à l’ordre de l’Évêché ? Le fait que l’un des révérends de Bramans Henri Richard soit un descendant de Domène Simon a-t-il aidé à les faire ressortir ? Henri a-t-il entendu parler de ces légats pendant les longues veillées familiales ou trouvé des documents les rappelant ? Une chose est sure, la maintenance n’avait pas été faite suite à des divisions au sein de la famille et cet acte n’a pas du améliorer leurs relations.

Alors, en 1728,  Jean Richard feu Dominique s’engage à faire célébrer une messe annuellement et à perpétuité ainsi qu’à maintenir la chapelle « en bon état, propre, la rebâtir en cas de ruine, maintenir l’autel propre avec chandelle le jour de la célébration dite messe ». Pour cela, il va hypothéquer une pièce de pré située juste à côté de la chapelle. Ses cousins lui paieront chacun leur quote part. L’acte se fait en présence de Rd Claude Coche feu Antoine prieur d’Extravache et de Rd Cosme Grassis feu Pierre prêtre de Lanslevillard.  

Seuls les « males » Richard participent au paiement de la maintenance en qualité d’héritiers universels de leurs pères, leurs soeurs étant exclues de l’hoirie une fois qu’elles ont perçu leur trossel et/ou institution particulière.

En 1730, la chapelle de St Valérien est notée dans la mappe de Bramans. D’après la revue Persée, elle n’existe plus à partir de 1732. On sait qu’elle est située à coté de l’Arc grâce au pré hypothéqué par Jean Richard « une pièce de pré assise audit lieu joignant ladite chapelle qui contient 5 modures qui confine ladite chapelle du midi, la rivière d’Arc du minuit ». Il est possible qu’elle ait été emportée par l’une des crues de l’Arc dont l’une a eu lieu en septembre 1733 (source APMFS). Jean Richard (1681-1732) fait son testament en 1732 dans lequel il ne cite pas la chapelle et elle ne l’est pas dans les titres de l’inventaire de ses biens qui a lieu quelques jours après son décès.

( 29 juin, 2010 )

Le testament

Pour faire un testament, il n’était pas nécessaire d’être nobles ou bourgeois, le simple paysan faisait son testament voire même plusieurs.

 En Savoie, pays de droit écrit, la solution préciputaire et la libre institution d’héritier l’avaient depuis longtemps emporté sur le principe du partage égalitaire des biens entre tous les enfants. Non que le testateur puisse entièrement agir à sa guise : les dispositions relatives à la légitime ne l’autorisaient pas à exclure complètement de sa succession l’un de ses enfants. Il avait seulement la possibilité de les réduire à leurs droits les plus stricts. L’héritier universel recevait sa légitime au même titre que ses frères et sœurs, outre la partie non réservée. Quant aux filles mariées après avoir été convenablement dotées, elles pouvaient être exclues de l’héritage, même si elles avaient reçu une dot inférieure à la légitime qui aurait du leur être accordée. Ainsi « l’absolutisme testamentaire du droit écrit » donnait au chef de famille la possibilité de consacrer la meilleure part de son patrimoine à celui ou ceux de ses enfants, quel que fut leur rang de naissance, qu’il jugeait à même de sauvegarder  ses biens.

En Maurienne, tous les testaments entre 1697 et jusqu’à la Révolution sont enregistrés dans le tabellion aussi appelé office de l’insinuation. La plupart des  testaments sont  nuncupatifs c’est à dire que le testateur ou la testatrice dicte leurs volontés au notaire qui les met en forme et quand un notaire veut faire son testament, il va voir un confrère et fait lui aussi un testament nuncupatif.

Le testament commence comme le contrat de mariage avec la date, le lieu qui peut être la banche [étude] du notaire ou l’habitation du testateur souvent dans ce cas là la chambre de celui-ci qui est alité dans son lit et le nom du testateur auxquels s’ajoute son état physique et mental : « sain de ses sens, mémoire, parole, ouïe et jugement » et très souvent « quoique détenu de maladie corporelle » et plus rarement « étant d’un âge fort avancé » ou « en l’âge de décrépit et valétudinaire ». Pour les testatrices, le terme « jugement » est remplacé par « entendement » ce qui sous entend qu’elles peuvent juste comprendre sans avoir une capacité de jugement (sic). Sur la commune de Bramans, on retrouve très souvent cette formule : « comme ainsi soit que la vie et la mort des humains soient sous la main et puissance de Dieu le Créateur sans nous avoir voulu donner aucune certitude de temps ni heure de trépas«   et certains ajoutent « en cette vallée de misère »

Après s’être muni du signe de la Croix disant « in nomine patris et fili et spiritus sancti amen », le testateur ordonne le rituel des funérailles avec le lieu de sépulture du corps « celui-ci étant séparé de son âme », dans le vas [tombeau] de ses prédécesseurs, le nombre et le style de messes a célébré – messes basses et voix hautes, pour Jésus Christ, la Vierge Marie, tous les Saints et Saintes, le Saint dont le testateur porte le prénom, etc. – et la neuvaine. Les femmes faisaient célébrer plus de messes que les hommes mais les deux pouvaient en demander sur plusieurs décennies voire à perpétuité. La confrérie du St Esprit reçoit aussi des dons. Le testateur veut que des pauvres –en général au nombre de trois- accompagnent le corps à la sépulture, assistent à la neuvaine en échange de pain, repas pendant toute la période, d’habits et d’argent. Des repas peuvent être aussi offerts à un ou plusieurs consorts ainsi qu’une aumône de sel. 

Venant ensuite la disposition des biens avec les institutions particulières aux enfants et à l’épouse ou aux neveux et nièces pour les oncles et tantes célibataires ou veuf sans enfant. L’épouse a droit à une pension annuelle qui sera délivrée le souvent à la St André ou à la Toussaint ainsi qu’une habitation mais à la condition qu’elle « mène pendant toute sa vie naturelle  une vie viduelle, chaste et honnête ». Ou alors, l’épouse aura une habitation quii lui sera prêtée tant qu’elle vivra sous le nom du testateur. L’institution particulière rappelle, dans le cas des filles si elles sont mariées, les sommes et biens donnés lors du contrat dotal ce qui peut les exclure du reste de l’hoirie.

Si les enfants du testateur, voire ses petits enfants s’ils sont orphelins de père, sont en âge de pupillarité c’est à dire mineurs, il décide qui en sera le tuteur, le plus souvent, c’est leur mère ou l’un de leurs oncles. Cela servira de référence lors de la demande de tutelle au juge mage de Maurienne.

Tous les testateurs lèguent aussi à des parents proches : « donne et lègue et par institution particulière à laisser à tous les autres prétendants droit sur son hoirie trois sols qui leur seront payés ayant fait apparaitre de leurs droits, moyennant quoi, il les prive du surplus de son hoirie.» Au nom de la loi, le notaire exhorte le testateur a donné à certains hôpitaux : « Et l’ayant interrogé et exhorté de donner et laisser quelque chose aux hôpitaux respectifs de la charité du présent lieu et de cette province et à l’hôpital des Sts Maurice et Lazare lequel m’a fait refus et a déclaré de ne pouvoir rien leur donner.»  Tous refusent car ils paient déjà un impôt dessus.

Les noms des héritiers est donné par le testateur, toujours selon la même formule « Et d’autant que l’institution d’héritiers est le chef et fondement de tout bon et valable testament, à cette cause, le testateur en tous et un chacun ses biens qu’il n’a ci-dessus disposé ni fait mention, a fait créer et de sa propre bouche, nomme et veut être ses héritiers universels à savoir », à qui il demande de payer ses funérailles, légats et dettes. Le testateur prévoit aussi les cas de litiges comme Claudia Colombet de St Michel de Maurienne « Et au cas que quelqu’un de ses héritiers ne voulut se contenter de ladite institution et ne voulut inquiéter les autres, audit cas, elle l’institue en son droit légitime et le prive et l’exclu du résidu de son hoirie audit cas. » 

Le testateur termine par cette formule « cassant, révoquant et annulant tous autres testaments, codicilles et donations à cause de mort qu’il pourrait avoir ci devant fait, voulant que le présent soit son seul et dernier testament et que s’il ne peut valoir par droit de testament veut que celui valoir par droit de codicille et donation à cause de mort et par tous autres meilleurs moyens qu’il pourra mieux valoir et subsister selon les lois ».

Pour que le testament nuncupatif soit valable, il faut que le quorum de sept témoins soit atteint si ce n’est pas le cas, le notaire le note et donne les raisons qui sont le plus souvent « tout le monde est en train de travailler » ou le lieu est trop isolé pour avoir sept témoins. Les témoins sont mémoratifs du testament : « Requérant les témoins bas nommés vouloir être mémoratifs du contenu du présent et en porter témoignage de vérité toutes fois et quant ils en seront requis ». On noté ceux qui ont signé sur la minute et ceux qui sont illéttres, parfois le testateur ne signe pas car « trop faible » ou sa vue est trop mauvaise.

Puis le notaire termine par cette formule « De ce enquis et moi Untel notaire collège dudit lieu soussigné, ai reçu le présent, de ce requis et j’ai celui ci levé de ma main de la minute originelle pour l’office du de l’insinuation, l’ayant collationné et trouvé conforme j’ai tabellionnement signé. » Cette formule n’apparait pas, bien sur, dans l’original mais actuellement le tabellion avec le fond sarde restent notre source la plus importante.  

( 4 juin, 2010 )

Veuf et marié le même jour

Nicolas Valloire fils de Georges et Claudia Col, de St Pierre d’Extravache hameau de Bramans, tenait une bonne place dans la paroisse de Bramans, comme on peut le constater à travers les actes notariés où il est reconnu comme conseil voire expert. Il devait avoir de l’instruction puisqu’il tenait un livre de raison (livre de comptes où est repris toutes les dépenses et recettes avec des annotations concernant les événements de la maisonnée), il est rare qu’une personne de son milieu en tienne un, cela était plutôt réservé aux bourgeois et aux nobles.

En 1678, Nicolas Valloire se marie avec Anne Gagnière et auront quatre enfants : Marie Marguerite, Jean, Pierre et Dominique. Puis le 28 mai 1691, Nicolas va faire une chose qui choque même encore de nos jours, et que les lois contemporaines interdisent : il va assister à la sépulture de sa femme Anne Gagnière et dans la foulée…  se remarier avec Catherine Verney avec qui il aura six enfants  : Jean Baptiste, Anne Marie, Justine, Barbe, Joseph et Jean Nicolas. L’heure n’étant pas marquée sur les actes, on ne pourra jamais savoir si les cérémonies vont se faire à la suite ou si l’une a eu lieu le matin et l’autre l’après midi.  La veille, il avait enterré sa mère, Claudia Col.  

Pour comprendre les motivations de Nicolas, il faut se replacer dans le contexte de l’époque : il vit dans un lieu magnifique, isolé à 1600 mètres d’altitude qui plusieurs mois par an est difficilement accessible et où seulement les plus solides survivent. A cela s’ajoute, le qu’en-dira-t-on et l’église qui ne tolérait pas qu’ un homme et une femme puissent vivre sous le même toit sans être mariés et Nicolas avait besoin d’aide pour s’occuper ses enfants âgés entre 2 et 10 ans.

Le mariage de Nicolas Valloire et Catherine Verney sera renouvelé le 11 mai 1702 « à cause de l’empêchement de parenté au 4ème  degré et d’affinité occulte qui n’avait pas été déclaré ou remarqué le 28 mai 1691 ». On ne sait pas ce qu’ils entendaient par affinité occulte. Le mariage de 1691 étant déclaré nul, cela veut dire qu’il n’a jamais existé pour l’église donc les enfants nés avant 1702 sont considérés comme nés « hors mariage ». 

Nicolas Valloire finira sa vie dans Bramans et demandera lors de son testament à être enterré à St Pierre d’Extravache ce qui sera fait.

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